Après Ebola en RDC : comment l’Organisation mondiale de la Santé soutient la reconstruction du système de santé à Bulape
Kinshasa – La 16ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola dans la zone de santé de Bulape, province du Kasaï, a touché 64 personnes entre août et octobre 2025, dont 45 décès et 19 personnes sorties guéries. Déclarée terminée le 1ᵉʳ décembre 2025, elle a donné lieu à un plan de résilience structuré en deux phases : 90 jours de surveillance renforcée et continuité des services, suivis de 365 jours consacrés à la consolidation durable du système de santé. Aux côtés des autorités sanitaires locales, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), avec l’appui du ministère des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement (FCDO) du Royaume-Uni, accompagne la zone de santé de Bulape dans la reconstruction et le renforcement durable de son système de santé. Au delà de la riposte, l’objectif était de transformer cette crise en opportunité pour bâtir un système de santé plus robuste, capable de prévenir et de répondre rapidement aux futures urgences sanitaires.
Le Dr Richard Fotsing, chef de l’équipe de préparation et de réponse aux urgences sanitaires au Bureau de l’Organisation mondiale de la Santé en RDC, revient sur les acquis de la réponse à Bulape et explique comment cette approche peut être reproduite pour renforcer durablement le système de santé après une épidémie.
Déclarée terminée le 1ᵉʳ décembre 2025 après 42 jours sans nouveaux cas, la 16ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola (MVE) survenue à Bulape le 04 septembre 2025, dans la province du Kasaï, a bénéficié d’un plan de résilience de 90 jours soutenu par l’OMS. Pouvez vous nous rappeler les principaux enjeux qui ont motivé l’élaboration de ce plan et en quoi marque-t-il une différence par rapport aux ripostes précédentes en RDC ?
À la fin d’une situation d’urgence sanitaire, il est essentiel d’élaborer et de mettre en œuvre un plan de résilience afin de consolider durablement la réponse, de surveiller d’éventuelles résurgences et de soutenir le redressement du système de santé local, y compris au niveau communautaire, pour le rendre capable de faire face efficacement aux futures crises. La fin de la 16ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) à Bulape, province du Kasaï, a révélé des vulnérabilités importantes du système de santé local et un impact profond sur les populations, tant aux niveaux sanitaire, psychologique, social qu’économique. Ces constats ont motivé l’élaboration d’un plan de résilience.
Ainsi, ce plan se distingue des ripostes précédentes en RDC par son approche intégrée et durable. Il a mobilisé les communautés et les acteurs locaux, transformant l’expérience de Bulape en un modèle national reproductible pour les futures urgences sanitaires. Il combine également une phase de 90 jours de surveillance renforcée et de continuité des services avec une phase de 365 jours consacrée à la consolidation du système de santé.
Bulape a montré qu’une riposte peut être utilisée comme laboratoire de résilience, intégrant la réponse d’urgence dans une approche globale de renforcement du système de santé. Comment transformer cette expérience en un modèle national reproductible, capable d’influencer durablement les politiques et pratiques sanitaires en RDC ?
Bulape a démontré qu’une riposte sanitaire peut se transformer en véritable laboratoire de résilience, en alliant efficacement réponse immédiate aux urgences et renforcement durable des capacités du système de santé. Cette approche intégrée a suscité une forte adhésion des communautés, des autorités sanitaires locales et de plusieurs partenaires techniques et financiers, garantissant ainsi un impact pérenne sur le système de santé de la zone.
La mise en œuvre du plan a permis d’importantes avancées structurelles, notamment la réhabilitation du bureau central de la zone de santé ainsi que de l’Hôpital général de référence de Bulape, incluant le bloc administratif, la salle du personnel infirmier et plusieurs bureaux fonctionnels. Elle a également rendu possible l’installation d’un système solaire et d’un dispositif d’adduction d’eau fournissant jusqu’à 150 litres par personne et par jour. En parallèle, 84 kits médicaux ont été distribués, couvrant les besoins de près de 420 000 personnes, tandis que le Programme élargi de vaccination a été renforcé avec l’acquisition de 26 nouveaux équipements de chaîne du froid, améliorant significativement la qualité et la continuité des services de vaccination.
Pour transformer cette expérience en un modèle national reproductible, il est essentiel de capitaliser sur les résultats et l’impact du plan, de les diffuser à tous les niveaux de décision et de les intégrer dans les directives et stratégies nationales. Cela passe par la formalisation des bonnes pratiques, l’adoption de protocoles modulaires applicables dans d’autres zones de santé, et la mise en place d’un suivi-évaluation standardisé pour mesurer l’efficacité et l’adaptabilité du modèle. En combinant ces mesures, l’expérience de Bulape peut influencer durablement les politiques et pratiques sanitaires en RDC, en offrant un cadre structurant pour la riposte aux urgences.
Le plan prévoit la documentation des succès et des défis, notamment à travers des publications scientifiques et une revue après action qui s’est tenue du 24 au 28 février à Tshikapa. Plus de 140 experts nationaux, les équipes de l’Organisation mondiale de la Santé et plusieurs partenaires se sont réunis pour analyser la réponse. Comment l’OMS s’assure-t-elle que les leçons apprises et les recommandations formulées ne restent pas théoriques ?
À l’issue de la revue après action (RAA) de la réponse à l’épidémie de MVE de Bulape, plusieurs leçons et recommandations ont été formulées, nécessitant des actions multisectorielles et multidisciplinaires à tous les niveaux de la pyramide sanitaire. Dès la semaine suivante, elles ont été présentées et discutées lors d’une réunion stratégique sur les urgences présidée par le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale réunissant les décideurs et partenaires techniques et financiers des secteurs de la santé humaine, animale et environnementale. Cette étape a permis de s’assurer que les recommandations soient prises en compte dans les décisions et orientations stratégiques nationales.
Par ailleurs, un comité de suivi a été mis en place par le Centre des opérations des urgences de santé publique (COUSP). Composé des responsables des secteurs clés et des partenaires techniques et financiers, ce comité se réunit chaque trimestre et rend compte de ses activités lors des réunions stratégiques hebdomadaires sur les urgences. Les recommandations sont ainsi traduites en actions concrètes, suivies et évaluées, et peuvent être intégrées dans les directives, protocoles et plans d’action nationaux. Grâce à ce dispositif structuré, les leçons apprises à Bulape ne restent pas théoriques.
Le plan post épidémie à Bulape a permis notamment de réhabiliter plusieurs services de l’Hôpital général de référence, d’installer un système solaire et d’adduction d’eau, de distribuer kits médicaux ou encore de renforcer la vaccination de routine. Quels acquis considérez vous comme les plus structurants pour la résilience du système de santé de Bulape ?
Au-delà de la réhabilitation des infrastructures sanitaires, le plan de résilience post-Ebola a permis d’améliorer la surveillance des maladies, de renforcer les capacités de laboratoire et de développer les compétences techniques des prestataires et des communautés. Une coordination optimisée des interventions a également été mise en place, financée essentiellement par l’Organisation mondiale de la Santé avec l’appui du ministère des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement (FCDO) du Royaume-Uni, garantissant l’efficacité et la durabilité des actions.
Les acquis issus de ce plan renforcent les différents maillons du système de santé de Bulape, notamment les communautés, le financement, les infrastructures sanitaires et les médicaments essentiels à une offre de soins de qualité et accessible. Ces mesures permettent aux habitants de surmonter les impacts de la crise Ebola, qui les a profondément affectés sur les plans psychologique, social, sanitaire et économique, tout en assurant un suivi des personnes guéries afin de prévenir d’éventuelles complications. Et, l’ensemble de ces interventions consolide durablement le système, favorise la continuité des services et garantit une veille post-épidémie efficace, préparant ainsi la zone de santé à prévenir et à répondre rapidement à toute future urgence sanitaire.